vendredi 29 octobre 2010

Le Bain d'Hector, acte II

Un autre jour. Les mêmes, mais chez elle.

ADRIEN. — C’est drôle, mais je préfère quand on est chez moi et que c’est toi qui me domine. Si on est chez toi, c’est complètement différent. J’ai accès à toi.

GENA. — Quand on est chez moi, tu es sur les terres d’Hector !

ADRIEN. — C’est pas de ça dont je te parle, Gena. Je te dis que si nous faisons l’amour maintenant, chez toi, c’est dans ton lit. Peu importe le lit de qui, c’est ton lit. Peu importe que ce soit le lit d’Hector. J’ai accès à toi. Je te pénètre, je te garde, je suis en toi. Tu ne peux pas m’échapper.

GENA. — Tout doux. Avant la pénétration, il faut huiler les huisseries et trouver la bonne clé. L’accès n’est pas donné d’emblée.

ADRIEN. — C’est trop tard. Tu ne maîtrise plus ce qui va arriver chez toi. Je pénètre chez toi, c’est déjà un viol.

GENA. — Chez moi, c’est mon corps. Mon temple. Et je ne t’invite pas tout de suite dans le vestibule qui mène à mes profondeurs. Sais-tu ce qu’est le vestibule ?

ADRIEN. — C’est ta boîte mail ?

Quelqu’un sonne à la porte. GENA va ouvrir. C’est le plombier pour déboucher la tuyauterie.

GENA (au plombier) – Excusez-moi, mais mon homme a déjà tout débouché avec la ventouse (elle fait signe de pomper). J’ai annulé le RV il y a 30 minutes.

ADRIEN, dans l’angle de la porte ouverte, au plombier – Son homme, ce n’est pas moi !

Le plombier s’en va. ADRIEN entend du bruit dans le fond de l’appartement.

GENA. – T’inquiète, ce sont les tuyaux qui se gargarisent. Mon homme s’en est occupé hier soir.

ADRIEN. — Ta boîte mail, parlons-en. C’est exactement là où je voulais en venir.

GENA. — Ah bon ?

ADRIEN. — Tu veux savoir pourquoi ? Ne fais pas l’innocente.

GENA. — Je suis curieuse. Dis-moi tout.

ADRIEN. — Ouvre ta boîte mail.

Elle s’exécute docilement, pour une fois …

ADRIEN. — Le mail de ton amoureux.

Elle ne dit rien. Long silence.

GENA. — J’ai les mains toutes froides.

ADRIEN. — Qu’est-ce que tu veux maintenant ? Veux-tu affleurer en surface, te libérer, nager librement au soleil en surface comme une baleine repue qui bat des ailerons ? Où vas-tu ? Ou vas-tu encore une fois nier l’évidence de ce que tu ressens, ce dont tu rêves, de tout ce qui te stimule en profondeur qui n’est pas Hector ?

GENA. — Prétentieux ! Tu parles de surface, mais tu ne m’as pas tout dit sur ton amoureuse.

ADRIEN. — Tu préfères qu’on parle de mon amoureuse. A ta guise …

GENA. — Tu vois, je ne suis pas en surface. Je suis en évitement.

ADRIEN. — Certes !

GENA. — Mais en parlant des autres, c’est de moi dont je parle.

ADRIEN. — Prouve-le ! Parle-moi de Laura !

GENA. — Arrête de rester en surface. Il ne s’agit pas de dresser un portrait psychologique de ta femme qui aime la double pénétration, mais de se révéler dans l’écoute.

ADRIEN, à court d’arguments, la tire vers elle. Elle se laisse faire.

ADRIEN. — Tu es soumise. C’est très agréable pour un homme.

GENA. — Je l’ai compris depuis longtemps. L’homme a besoin de se sentir dominant.

ADRIEN réfléchit et dit.

ADRIEN. — C’est l’art de la femme de nous faire croire que nous avons gagné.

GENA. — C’est l’art d’Andromaque.

ADRIEN. — Non, justement, c’est l’art de Pénélope. Pénélope est une icône de la femme. Par inversion, elle montre à tous les hommes qu’ils ne gagnent pas avec elle.

GENA. — Elle se réserve.

ADRIEN. — C’est terrible de dire ça. Je dis la même chose, mais en d’autres termes : la femme s’économise.

GENA. — Manquerait-elle de générosité ?

ADRIEN. — Oui.

GENA. — Ou serait-elle exclusive ?

ADRIEN. — J’ai l’impression que cette exclusivité est une erreur d’optique. Elle pense être exclusive, or si elle est exclusive, c’est à elle seule qu’elle l’est. Et dans cette exclusivité à elle-même, c’est l’idée de la mort qui surgit, de la non-création, de l’ennui, de la putréfaction si la femme n’est pas heureuse. Avec un peu de chance, c’est une posture qui peut la sauver d’elle-même si cette femme est une artiste ou une initiée. Or, dans la majorité des cas, ce n’est qu’une femme qui ne baise pas, qui s’encroûte, qui oublie ce qu’elle ressent et qu’elle était une femme.

GENA. — On dit de Pénélope qu’elle était initiée et extralucide. C’est en fermant les yeux qu’elle a su que le vieillard qui se présentait devant elle était Ulysse. Elle s’en est complètement remise à son ressenti et son économie lui a valu l’accès à …

ADRIEN. — A l’univers, à l’amour, à l’épanouissement, à la danse …

GENA. — À l’éveil des sens.

ADRIEN. — A l’éveil de la foi.


GENA. — Mais oui, tu as raison. Il s’agit d’une foi absolue en l’amour.

ADRIEN. — C’est vrai. Hector a beaucoup insisté pour inscrire ses enfants au catéchisme.

GENA. — Tu n’as rien compris à l’histoire de Pénélope et de cet éveil des sens. C’est par les sens et l’abandon qu’on accède à la foi.

ADRIEN. — Tu as raison. Peu d’hommes ont accès à ce type d’initiation. Moi, si tu veux, je suis prêt. Comme l’autre, là, dans ta boîte mail, sous le coude, qui étouffe. Moi, je suis là. Fais de moi ce que tu veux : ton plombier, ton fleuriste, ton cuisinier, ton étalon, ton poisson d’argent, ton singe …

GENA. — Tu me piques ma réplique. C’est moi la soumise, qui suis dans l’abandon. Mais, si tu veux que je fasse de toi ce que je veux, alors sois un chien !

ADRIEN se saisit d’elle comme s’il allait s’en servir. Mais freluquet qu’il est, il n’arrive pas à la soulever. Il ne sait plus par quel bout la prendre. Elle lui facilite la tâche en sortant un sein. ADRIEN l’embrasse comme un bébé. Elle lui caresse les cheveux.

GENA. — Je crois que je t’aime. Tu sens le biscuit, ceux qu’on trempe dans le champagne et qui épongent les bulles. Mes enfants sentaient le biscuit autrefois.

ADRIEN. — Maintenant, c’est moi.

Cahin-caha, ils se dirigent vers la chambre nuptiale, dont la porte se trouve juste à côté de celle de la salle de bain. Trois coups retentissent de la porte de la salle de bain, fermée de l’intérieur. HECTOR, sortant tout fumant de son bain, apparaît. HECTOR prend GENA par les cheveux pour l’entraîner dans la salle de bain. Il la balance dans le bain. ADRIEN est tétanisé. Des yeux, HECTOR lui fait signe d’entrer lui aussi dans la salle de bain. Puis il claque la porte derrière eux. On entend des bruits d’objets qui tombent, des éclaboussures : ils font ça à trois.

lundi 18 octobre 2010

Exclu : le bain d'Hector, acte I - essai pour une pièce de boulevard XXX

1.

Gena a fait tomber sa barrette de cheveux dans la rue. Adrien l’amène chez lui toute ébouriffée, sans dessus dessous. Il lui dégage une mèche :

ADRIEN. — Au boulot maintenant…

GENA. — Sans préliminaire ?

ADRIEN. — Sans…

Il passe sa main dans ses cheveux, pour chiffonner son visage. La moue boudeuse de Gena ne présage rien de bon.

GENA. — Sois dedans ! Ne me fais pas perdre mon temps. Tu voulais savoir ce qui pousse une femme à aimer la double pénétration ?! Tu veux vraiment le savoir ?

Il ne répond rien, rajustant ses lunettes cerclées de noir. Il est embarrassé.

ADRIEN. — Tu veux que je retourne chercher ta barrette au café ? Je demanderai à Nora, elle t’adore.

GENA. — Mon pouvoir de séduction franchit la barrière du genre. Je plais aussi aux femmes, et alors ? Ça te dérange ?

ADRIEN. — Deux femmes et un homme… deux hommes et une femme, tu préfères quoi ?

GENA. — Deux femmes et deux hommes.

Ils éclatent de rire, puis Adrien leur prépare une bouilloire de thé vert.

GENA. — C’est un philtre d’amour ?

La bouilloire se met à siffler, et le couvercle tremble. Ils se regardent en silence.

ADRIEN. — Normalement tu réponds deux hommes et une femme. Jules et Jim.

GENA. — Il faut que je t’avoue quelque chose Adrien.

Il se demande si c’est un pain dans la gueule qu’il va se prendre.

GENA. — Je n’aime pas la sodomie…

Il est rassuré.

GENA. — Alors tes histoires de deux hommes déverrouillant les trous de mon intimité me laissent coite.

ADRIEN (plaisantant) — Me lèche quoi ?

GENA. — Me lâche les couilles.

ADRIEN. — Attends, faudrait savoir ?

GENA. — Mais c’est toi ! Arrête !

ADRIEN. — Je te demande juste de répéter ce que tu viens de dire et tu me fais une crise.

GENA. — Cesse de m’aboyer dessus. (Hautaine) Ça se fait à deux ! Il y a une certaine élégance dont certains hommes n’auront jamais le secret.

ADRIEN. — Tu veux tout maîtriser.

GENA. — Nooooon !

ADRIEN. — Tu m’empêches de parler quand tu sens que c’est important ce que je vais dire. Tu ne veux rien entendre. Parce que je suis un homme.

GENA. — J’entends avant même que tu ne prononces tes mots. Je vais trop vite pour toi.

ADRIEN. — C’est la femme qui donne le rythme, et tu vas trop vite pour moi. Très bien, nous n’avons qu’à nous arrêter là. C’est fini.

GENA. — Buvons le thé pendant qu’il est chaud.

ADRIEN. — Il est bouillant, je vais t’ébouillanter avec du thé, ça te calmera.

GENA. — Tu es chaud bouillant. Quand je vais chez quelqu’un, je me mets en mode séduction. Quand je suis chez moi, j’enfile mes chaussons, je m’en branle…

ADRIEN (menaçant) — Attention, tu es donc en mode séduction ici, car ici, tu es chez moi !

Gena se lève du lit où elle s’était installée, avance lentement vers Adrien, s’approche de sa tête… et lui ébouriffe les cheveux dans un éclat de rire.

GENA. — Attention, je fais de la boxe.

ADRIEN. — Je n’ai pas envie.

GENA. — Tu veux un uppercut, pauv’ con !

ADRIEN. — Nous sommes en plein dans le mille. La Sibylle, c’est exactement ce que je lui ai dit l’autre fois au café : Je n’ai plus envie. A force de jouer avec mon désir, il est possible que l’homme s’en trouve une autre. Je suis amoureux, moi, madame.

GENA. — Mon petit Adrien, je n’ai pas vingt-cinq ans, j’en ai quarante-deux ! Et les culottes courtes, je les laisse sur mon ring de boxe.

ADRIEN. — Tu les lèches sur ton ring de boxe ?

GENA. — Je les lèche KO.

ADRIEN. — Ça tu adores, hein ?!

GENA. — J’adore.

ADRIEN. — Moi, pas du tout. Je n’aime pas les jeux de mots. Je trouve que tu es superficielle Gena.

GENA. — Mauvais joueur.

ADRIEN. — Tss !

GENA. — Mauvais perdant.

ADRIEN. — N’importe quoi…

GENA. — Aïe ! je me suis brûlé la langue.

ADRIEN. — Mon thé t’a-t-il ôté ta toux ?… Audrey Tautout !? — ben on est mal barré si je commence à faire des mauvais jeux de mots, là, comme toi.

GENA. — Pas du tout. Pas du Tautout. Pas du Tatout.

ADRIEN. — N’importe quoi, c’est bien ce que je disais.

GENA. — Prends-moi si tu es un homme.

ADRIEN. — Mais tu es mariée ?

GENA. — Et alors ?

ADRIEN. — Hector est mon ami ?

GENA. — Justement…

ADRIEN. — Hector est comme mon frère. Je suis Pâris dans notre histoire.

GENA. — Entamons une discussion plus poussée, veux-tu ?

ADRIEN. — Je croyais que tu étais venue ici pour baiser.

GENA. — Je suis venue pour parler.

ADRIEN. — Pour me baiser la gueule.

GENA. — Et les mots, ce n’est pas à toi que je vais le dire, atisent le désir.

ADRIEN. — Pour me baiser la gueule, c’est ce que je disais.

GENA. — Et le plus grand fantasme serait de jouir avec les mots, et pas seulement avec deux bites.

ADRIEN. — Une dans la gueule, et une autre dans l’anus. J’ai saisi. Hector n’est pas là, et je suis une merde, merci Gena.

GENA. — Une dans la gueule, je ne peux plus parler. C’est ça ton plan ?!

ADRIEN. — Bravo, chérie, je ne suis pas déçu… Tu es à la hauteur de mes attentes, largement. Un peu coincée, certes, mais ce n'est pas désagréable maintenant que je le sais. Tu es motivée, c'est ça qui nous sauve.

GENA. — Si je n’étais pas motivée, on ne serait pas dans la merde… Je ne te le fais pas dire.

ADRIEN. — Un horizon de ciel bleu et de tendresse, Gena et Adrien… Nous baignons dans le bonheur. C’est nous. C’est Belleville. C’est les enfants à l’école quand nous n’y sommes pas. C’est Paris sous la neige qui ne dure plus et les parcs pour aller jouer et faire de la luge, fermés pour cause de sécurité. C’est Paris-plage pour seulement endiguer le flot incessant des autos qui nous rongent, qui rongent son architecture admirable que le monde nous envie.

GENA. — C’est moi qui ronge mon frein en attendant mon homme, en culpabilisant parce que je n’ai rien foutu de la journée… Une brèle même pas foutue de faire les courses. Une maman qui se laisse faire par son bonhomme de six pommes qui lui parle mal, et qui ne répond rien, qui perd tous ses moyens, qui pleure quand personne n’est à la maison et que ma boîte mail est vide, définitivement creuse, comme une coquille d’œuf, toute friable. Je me sens vide, moche…

ADRIEN. — Ce sont les femmes qui disent non, non, pas maintenant… Tu dansais bien le slow, toi ?

GENA. — Ah ! Monsieur, c’est que j’avais des seins, moi !

ADRIEN (tout excité) — A partir de quel âge ?

GENA. — A 36 ans, ils ont fondu. Deux grossesses, douze mois d’allaitement.

ADRIEN. — Je sais ce que c’est, j’ai ma mère aussi.

GENA. — Sale mioche !

ADRIEN (se rapprochant d’elle) — C’est pour ça que je suis ton ami… Je suis aussi moche que toi. Lola et Maruschka, au café, elles me détestent à présent. Il n’y a plus que toi pour m’aimer. Et mon amoureuse depuis dimanche.

vendredi 1 octobre 2010

Fricassée de museaux

12:51

moi: Eh ! C'est moi, Monica …

12:52

Jérôme: Une minute, je suis avec Miles…

moi: Souple, agile, la touche facile et habillé tout de blanc, oui, tu es un capoeriste !

Quitte ton ascenseur pour l'échafaud !

12:54

Eddie, l'homme en blanc et aux mille conquêtes. Eddie Barclay ! C'est Monica …

Jérôme: Fuck you Gena — Il pleut ce matin tandis que je vous écris, Laure C*. Toute ma vie, la pluie désormais me rappellera ce moment de me rapprocher de la femme-souris dimanche soir, de nous serrer l'un contre l'autre sous un parapluie violet. Une flaque à sauter, et nous voilà dans les bras l'un de l'autre, sans nous y attendre, mais parce que nous en avions envie tous les deux. S'il pleut, comme ce matin, je pense à mon histoire d'amour avec la femme-souris. Le moment est souvent lié à une lumière, un endroit. Le moment avec la femme-souris, Laura chérie, c'est Paris sous la pluie tard ce dimanche soir, sans lumière et sans autre indication que les voitures garées, les rues du XXe arrondissement, sous une pluie battante… Le lendemain avec la femme-souris dans le métro pour l'accompagner à son travail. Je n'ai jamais vécu un trajet dans le métro, ainsi nimbé et baigné d'une telle tendresse. Depuis une semaine, je suis follement épris de la femme-souris. Et la pluie désormais comme un filtre d'amour. Je ne veux pas que la femme-souris disparaisse, jamais. Laura, je veux vous revoir. Monica est un imposteur !

12:56

moi: Monica est une chatte !

12:57

Toi aussi tu as un museau de musaraigne … Vous êtes bien assortis alors ? Fricassée de museaux fulgurante, renversante, sous un parapluie violet. Le violet est la couleur de l'amour et de la spiritualité, le savais-tu?

12:58

La fricassée a-t-elle été si renversante que tu as laissé échapper ton clavier ?

Et c'est moi qui ne publie pas …

12:59

Tu es amoureux, quelle chance ! Un peu de douceur et de tendresse dans notre blog.

13:00

Tu ne veux pas parler de Monica et de Vincent ? Tu fouettes ?

13:01

Jérôme: Je sors de la douche comme je n'avais pas mes enfants ce matin. Bernard-Marie est avec moi pour écouter Miles. Nous avons RV à 14h00 avec un pote à lui. François R*. Alors il faut que je m'habille, que je saute dans un métro et que je…?

13:02

Quoi ? tu me prends pour un snobish ??!

Mais c'est Marie-Antoinette qui l'est !!

moi: Habille-toi en capoeriste. Ca fait son petit effet !

13:03

Et mets tes chaussures à mille balles et ton Burberrys. Toi, snobish ? Mais pourquoi ça ?

Jérôme: J'enfile un t-shirt blanc. J'obéis.

moi: Good luck my friend.

13:04

Jérôme: Et je prends la femme-souris avec moi dans ma poche. Bisous. Cat JOM

13:05

Jérôme: Note en bas de page : Jom avait RV hier avec Vincent Cassel, en live et sans lunettes noires. Mais c'est à Laura qu'il pense vraiment.